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Les 10 plus grands émetteurs de GES au Québec

En 2024, dix établissements industriels ont émis à eux seuls 51 % des GES couverts par le marché du carbone du Québec. En tête : la Cimenterie de Port-Daniel, qui rejette autant que la ville de Trois-Rivières.

Les 10 plus grands émetteurs en 2024 (t CO₂éq)

Un classement dominé par le ciment, le raffinage et l'aluminium

La Cimenterie de Port-Daniel, exploitée par St. Marys Cement dans la MRC de Bonaventure en Gaspésie, est l'établissement le plus polluant de la province avec 1,31 million de tonnes de CO2 équivalent en 2024. C'est l'équivalent des émissions annuelles d'une ville d'environ 150 000 habitants - soit à peu près la taille de Trois-Rivières[2]. Inaugurée en 2017[3], cette usine s'est rapidement imposée comme le principal émetteur de la province.

Derrière elle, les deux grandes raffineries de pétrole du Québec arrivent pratiquement à égalité : la Raffinerie Jean-Gaulin d'Énergie Valero à Lévis (1,22 million de tonnes) et la Raffinerie Suncor à Montréal-Est (1,22 million de tonnes). Ensemble, les deux raffineries totalisent 2,44 millions de tonnes, soit 12,7 % du total industriel.

L'aluminium est le secteur le mieux représenté dans le palmarès, avec trois alumineries : Aluminerie Alouette à Sept-Îles (1,1 Mt), Rio Tinto Alcan à Alma (876 000 t) et l'Aluminerie de Bécancour (831 000 t). Ensemble, ces trois usines émettent près de 2,8 millions de tonnes, soit 14,6 % du total - et ce, malgré l'utilisation d'électricité hydroélectrique pour la fusion. Les émissions proviennent principalement des anodes de carbone consumées dans les cuves d'électrolyse.

ArcelorMittal, Rio Tinto et le secteur de l'acier et du titane

Le groupe ArcelorMittal figure deux fois dans le palmarès : son complexe sidérurgique de Contrecoeur-Est (971 000 t) et son Usine de bouletage de Port-Cartier (752 000 t). Ce dernier établissement transforme le minerai de fer extrait en Côte-Nord en boulettes de fer destinées aux aciéries[4].

Rio Tinto est également présent deux fois : via Rio Tinto Alcan à Alma et via son Complexe métallurgique de Sorel-Tracy (Rio Tinto Fer et Titane, 758 000 t), où le minerai ilménite est transformé en dioxyde de titane et en fer en gueuse[5].

Enfin, Ciment Québec inc. ferme le palmarès avec 749 000 tonnes. Les deux cimenteries réunies - Port-Daniel et Ciment Québec - totalisent plus de 2 millions de tonnes, soit 10,7 % du total industriel, un poids considérable pour seulement deux établissements.

Le contexte réglementaire : le RSPEDE

Ces émissions sont déclarées dans le cadre du Règlement sur les systèmes de plafonnement et d'échange de droits d'émission de gaz à effet de serre (RSPEDE), qui soumet tout établissement émettant 25 000 tonnes ou plus par année à l'obligation d'acheter des droits d'émission[6]. Ce marché du carbone, administré conjointement avec la Californie depuis 2014[6], est l'un des mécanismes centraux de la politique climatique du Québec.

Le Québec vise une réduction de 37,5 % de ses émissions par rapport aux niveaux de 1990 d'ici 2035[7]. Les grands émetteurs industriels sont au coeur de cet objectif : en 2024, les établissements assujettis au RSPEDE ont collectivement émis 19,2 millions de tonnes - un chiffre relativement stable depuis 2013 (18,4 Mt), malgré une hausse notable en 2021-2022.

Ce que les données ne couvrent pas

Le RSPEDE ne couvre pas les petits émetteurs (moins de 25 000 t/an), ni le secteur des transports (qui représente plus de 44 % des émissions totales du Québec[8]), ni les bâtiments, ni l'agriculture. Les 19 millions de tonnes comptabilisées ici représentent environ 24 % des 78 millions de tonnes émises annuellement par l'ensemble de l'économie québécoise[8].

Il faut également noter que les émissions déclarées dans le RSPEDE correspondent aux émissions directes (Scope 1) des établissements. La combustion de l'essence produite par les raffineries, par exemple, n'est pas comptée ici : elle sera comptabilisée au point d'usage final, dans le secteur des transports. Cette distinction est importante pour interpréter le classement des raffineries.