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L'urgence de Saint-Jérôme : près de 30 heures sur civière au pire de la crise

L'Hôpital de Saint-Jérôme affiche un taux d'engorgement de 37,3 % en 2025-2026 - parmi les cinq pires urgences générales du Québec. En 2022, la durée moyenne sur civière y a culminé à 28 heures 22 minutes. La région des Laurentides se classe 2e au Québec pour les temps d'attente. Un problème documenté depuis au moins 2016.

5e urgence générale la plus engorgée du Québec

En 2025-2026, 37,3 % des patients hospitalisés sur civière à l'Hôpital de Saint-Jérôme y ont passé plus de 24 heures - soit près du double de la cible ministérielle de 15 heures. Ce chiffre place l'hôpital au 7e rang provincial toutes installations confondues, et au 5e rang parmi les seules urgences générales (les deux premières étant des établissements de santé mentale, dont la dynamique est différente).

En janvier 2026, la situation a atteint un pic critique : 196 % d'occupation des civières, soit 130 patients présents simultanément dans une urgence conçue pour une capacité bien moindre[2]. Le même mois, les urgences de la région Laurentides affichaient en moyenne 167 % d'occupation, avec des pointes à 191 % à Saint-Jérôme et 197 % à Saint-Eustache[1].

Top 8 urgences générales les plus engorgées (2025-2026)

Établissements psychiatriques exclus. Source : MSSS - Fichier cumulatif des données des urgences, 2025-2026.

Un problème chronique, pas une anomalie

La situation actuelle ne surprend pas ceux qui suivent les urgences de Saint-Jérôme depuis plusieurs années. En 2022, la durée moyenne de séjour sur civière y a atteint son pic : 28 heures 22 minutes, soit presque le double de la moyenne provinciale de l'époque (16h45) et plus du double de la cible gouvernementale de 12h30[4].

Ce n'est pas une nouveauté. En 2015-2016 déjà, la durée moyenne sur civière à Saint-Jérôme était de 24,1 heures, contre 15,3 heures en moyenne au Québec[9]. L'hôpital dépasse la moyenne provinciale depuis au moins une décennie. Et en janvier 2025, Saint-Jérôme figurait parmi les 7 hôpitaux québécois dont la situation s'était détériorée sur les deux indicateurs clés (engorgement et durée de séjour), même quand la tendance provinciale s'améliorait[11].

Taux d'engorgement - Hôpital de Saint-Jérôme (2021-2026)

Source : MSSS - Fichier cumulatif des données des urgences, 2021-2026.

Les Laurentides : la région aux temps d'attente les plus longs au Québec

Saint-Jérôme n'est pas un cas isolé dans sa région. En 2025-2026, les Laurentides affichent une durée moyenne de séjour sur civière de 21,1 heures - le 2e pire taux au Québec, derrière l'Outaouais (22,5 h). En septembre 2024, les urgences de la région tournaient à 158 % d'occupation contre 120 % en moyenne québécoise - et ce hors période hivernale[3].

En 2023, une étude de l'Institut économique de Montréal a confirmé que les Laurentides affichent les temps d'attente médians les plus longs au Québec : 7 heures 16 minutes avant de voir un professionnel, contre 5 heures 11 minutes en moyenne provinciale[7]. À Saint-Jérôme spécifiquement, l'attente médiane avant de voir un médecin atteignait 8 heures 48 minutes - la pire de toute la région[7].

En février 2025, le gouvernement du Québec notait que le taux d'occupation des civières dans la région 450 (qui inclut les Laurentides) atteignait 132 %, alors que la moyenne provinciale était à 115 %[8].

La pénurie médicale en toile de fond

L'engorgement des urgences ne se résout pas à l'intérieur des murs de l'hôpital. Environ 100 000 résidents des Laurentides sont en attente d'un médecin de famille[6]. Quand les soins de première ligne sont inaccessibles, l'urgence devient le seul recours.

En septembre 2023, deux cliniques de Sainte-Agathe-des-Monts annonçaient le départ de 14 médecins de famille sur 40 en l'espace de 24 mois - laissant au moins 10 000 patients sans médecin[5]. Un phénomène qui s'inscrit dans une tendance de fond : le désert médical des Laurentides pousse des patients supplémentaires vers l'urgence de Saint-Jérôme, l'établissement de référence d'une zone qui s'étend de Prévost à Wentworth-Nord.

Ce que les données ne disent pas

Le taux d'engorgement de 37,3 % mesure la proportion de patients sur civière attendant plus de 24 heures. Il ne reflète pas le temps d'attente en salle d'attente avant d'être admis sur civière, ni les patients qui repartent sans avoir été pris en charge. Les données de temps réel (etatdesurgences.ca) donnent un portrait ponctuel, pas une moyenne annuelle - les deux indicateurs sont complémentaires.

Par ailleurs, nos données couvrent le taux d'engorgement par région (Laurentides : 31,4 %) et par installation (Saint-Jérôme : 37,3 %), mais pas la durée moyenne de séjour par installation. La valeur de 21,1 heures est une moyenne régionale, qui masque des écarts importants entre les établissements de la région.